Depuis son accession au trône, Mehmet II prépare
l'attaque contre Constantinople. Devant la réputation de solidité
des murs de la ville, il fait spécialement contruire des canons
par un ingénieur hongrois, Urbain. Les Byzantins n'ont pas pu s’offir
ses services, il est donc allé les proposer aux Turcs. Le sultan
met à la disposition d’Urbain tous les moyens nécessaires afin de
fondre des canons de fort calibre. Il en fondra un dont les dimensions
sont formidables pour l'époque, au tout début de l’artillerie. Son
tube avait une longeur de 7,80 m et il pouvait tirer des boulets
d'une masse de 544 kg.
De son côté Constantinople tente désespérement d'exhorter l'amiral
vénitien Gabriel Trévisano, qui avait amené le légat du pape pour
la proclamation de l'Union, à rester à Constantinople. Mais le
vénitien refuse et s'en va avec ses galères au grand dam de Constantin
IX. Cependant, le 28 janvier 1453 le Génois Jean Giustiniani,
ancien podestat de Caffa arrive avec deux navires et 700 hommes.
Il est reçu très chaleuresement par le basileus. Les habitants
de la cité de Péra, eux, refusent d'aider la capitale de l'empire
byzantin car ils sont en paix avec le sultan.
Ainsi, Phrantzès, qui est l'homme qu'a désigné Constantin pour
défendre la ville, ne compte en tout et pour tout que 4973 hommes
y compris les volontaires ainsi que 2000 étrangers. Ce nombre
est bien sûr très insuffisant pour défendre la capitale Constantinople.
L'armement en possession des défenseurs était médiocre. Ils combattaient
tous à l'arme blanche et l'artillerie consistait en de petits
canons de fer. La marine, elle, était constituée de 7 à 8 navires
situés le long de la chaîne de la Corne d'Or. L'empereur a un
mal énorme pour recueillir assez d'argent pour payer les troupes
et doit en demander à l'Église. On comprend tout de suite qu'entre
les 7000 à 8000 hommes, pour la plupart volontaires et n'ayant
aucune expérience au combat, et les troupes que le sultan avait
demandées à tous ses vassaux la disproportion est énorme. Enfin
la flotte qu'a levée Mehmet II s'avère la plus puissante qui n'ait
jamais été rassemblée par l'empire ottoman. Elle est constituée
de 15 galères et de plusieurs autres types de navires commandés
par le bulgare Baltoglou et est positionnée à Péra.
C'est dans ces conditions que s'apprête à se dérouler le trentième
et dernier siège de Constantinople.
Après deux ans de préparatifs, Mehmet II est prêt et part d’Edirne
le 23 mars 1453, il arrive sous les murs de la ville le 5 avril,
précédé par son armée.
Les Turcs sont positionnés en face de la ville, du quartier des
Blachernes jusqu'à la Propontide. Constantin XI a organisé la
défense de la ville en 14 secteurs, Giustiniani avec 400 chevaliers
doit garder la Porte Saint-Romain, la plus exposée à l'attaque
des Turcs. Les Grecs ont bien tenté une sortie pour gêner les
préparatifs des Turcs, mais ce fut un échec cuisant.
Une section reconstituée du mur de ThéodoseLe lendemain, l’armée
turque commence le pilonnage du mur de Théodose. Un des canons
détruit une tour à proximité de la Porte Saint-Romain. Il deviendra
célèbre car en explosant quelques jours plus tard, il provoquea
la mort de son constructeur. Le feu de l'artillerie dure plusieurs
jours jusqu'à l'assaut final.
Dans le même temps, les Turc cherchent à combler le fossé devant
la ville avec tout les moyens disponibles. De leur côté, les assiégés
essayent tant bien que mal de réparer les murs, tandis que les
Turcs tentent de les détruire avec des mines auxquels répondent
des contres-mines génoise qui pulvérisent du feu grégeois sur
les Turcs. Puis le 18 avril, Mehmet II ordonne un assaut des fantassins
de nuit qui sont repoussés une nouvelle fois grâce au feu grégeois.
Les combats se déroulent aussi sur l’eau ; dès le début du siège
les Turcs avaient pris le contrôle des postes avancés de Constantinople.
Le 19 avril, la flotte turque tente l'attaque de la chaîne qui
barre la Corne d'Or mais elle est repoussée par le mégaduc Lucas
Notaras.
Le soir du 20 avril, une flotte de trois navires envoyés par
le pape Innocent III avec vivres et munitions parvient à forcer
le blocus maritime malgré l'intervention de Mehmet II qui ordonna
à son amiral de les détruire. Devant l'échec de cette action Baltoglou
est roué de coup par le sultan. Cette aide providentielle leur
sera très utile, mais insuffisante. Les tergiversations de Venise
à envoyer 15 bateaux en renfort font que ces bateaux partent trop
tard et arrivent à un moment assez avancé du siège ; Constantinople
ne peut donc pas bénéficier de cette aide.
Mehmet II commandant ses bateauxLe 22 au matin, une flotte d'une
vingtaine de navires turcs mouille dans la Corne d'Or. Les Constantinopolitains
sont consternés car le passage vers ce havre naturel, situé à
l'est de la ville, est commandé par une lourde chaîne dont les
Byzantins ont encore le contrôle. Mehmet II, se rappelant une
ancienne stratégie russe du Xe siècle, a fait hisser les navires
sur terre par des centaines de bœufs durant la nuit de la rive
de Top Hané jusqu'à Péra, sur environ 1300 mètres. Pour les assiégés
l'effet sur le moral est terrible, en effet le mur maritime n'est
que très peu protégé (1 homme pour 2 ou 3 créneaux) et les défenseurs
sont obligés d'amener des hommes d'autres secteurs ce qui bien
sûr les dégarnit.
Mais les navires envoyés par le sultan n'ont pas l'effet escomptés
; en effet, ils sont en quelques sortes prisonniers dans la Corne
d'Or et n'ont aucune liberté d'action. Quelques navires vénitiens
venant de Trébizonde et dirigés par Jacopo Cocco tentent d'aller
incendier ces navires. L'opération aurait pu réussir si les Génois
de Galata n'avaient pas transmis l'information au sultan qui s'empresse
de détruire les navires incendiaires.
Peu à peu les défenseurs faiblissent et Génois et Vénitiens se
querellent. Le 23 avril, Constantin IX tente d'offrir la paix
moyennant le paiement d'un tribut mais Mehmet II répond : « Je
prendrai la ville, ou elle me prendra mort ou vif ». Le sultan
impatient lançe plusieurs attaques à travers les brèches de la
muraille, notamment entre la porte de Caligaria et la porte d'Andrinople
les 7 et 12 mai, mais l'infanterie turque est repoussée héroïquement
par les défenseurs conduits par Constantin IX lui-même.
Le 16 mai, la marine turque tente une nouvelle fois l'attaque
de la chaîne mais elle est repoussée par Trévisano ; au même moment
le sultan envoie une partie de sa flotte miner la porte de Caligaria,
mais Notaras les en empêche. Deux jours après, au moyen d'une
tour roulante (hélépole) est avancée au devant des murailles mais
l'engin est incendié après 24 heures de combat avant que les Turcs
ne prennent pieds) sur les murs. De nouveau, le 21, une attaque
est menée au devant de la chaîne mais elle résiste.